In memoriam, Jean Mantz (1960-2017)

in memorium-mantz« Avant donc que d’écrire, apprenez à penser.
Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément.
Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage,
Polissez-le sans cesse, et le repolissez,
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez »;
Nicolas Boileau. L’art Poétique. 1674

In memoriam

Jean Mantz 1960-2017

Le Professeur Jean Mantz est décédé le 9 Janvier 2017 après 5 années de lutte contre la maladie. Né en 1960, il débute ses études médicales à la Faculté de Médecine de Strasbourg en 1977 avant de poursuivre son externat à la Faculté de Médecine Xavier Bichat à Paris. Nommé interne des Hôpitaux de Paris en 1983, il soutient sa thèse de Doctorat en Médecine en 1988. Dès 1987, il s’engage dans la recherche fondamentale et rejoint pendant 4 ans la chaire de Neuropharmacologie du Collège de France où il développe une recherche innovante sur les mécanismes d’action des agents anesthésiques sur le cerveau, en s’intéressant successivement aux effets présynaptiques puis à l’échelon cellulaire de ces agents. Ces travaux lui permettent de soutenir une Thèse d’Université en 1992 et d’acquérir une reconnaissance internationale dans ce domaine. En 1991, il est nommé Chef de Clinique-Assistant dans le Service d’Anesthésie-Réanimation du Pr Desmonts à l’hôpital Bichat, puis Praticien Hospitalier en 1993, et Professeur des Universités en 1996 dans le même service. En 2002, il intègre le profil de l’unité INSERM U676 où il anime la thématique « Neuroprotection Pharmacologique ». Il quitte l’hôpital Bichat en 2004 et devient Chef de Service du Service d’Anesthésie-Réanimation-SMUR de l’hôpital Beaujon et du Service d’Anesthésie de l’hôpital Louis Mourier, Chef de Pôle en 2007, et est élu Président de la Commission Médicale d’Etablissement Locale du Groupe Hospitalier Paris Nord Val de Seine en 2011. Il est promu Chef de Service du Service d’Anesthésie Réanimation de l’Hôpital Européen Georges Pompidou en 2015, puis Chef de Pôle en décembre 2016. Il occupe les fonctions de Rédacteur en Chef des Annales Françaises d’Anesthésie-Réanimation de 2007 à 2010, celles d’Editeur Associé pour Anesthesiology en 2007 puis d’Editeur depuis 2013 où il demeure depuis lors le seul Français de l’équipe éditoriale. Il préside le Syndicat des Professeurs d’Anesthésie Réanimation de l’Ile de France de 2007 à 2009. Il est élu en 2010 au Conseil National des Universités dans la sous-section 48-01 « Anesthésiologie-Réanimation-Médecine d‘Urgence », qu’il préside à partir de 2013 avec l’ensemble de la section 48 jusqu’en Janvier 2016.
Dans les nombreuses fonctions qu’il a exercées, à l’Université comme à l’Hôpital, Jean Mantz s’est toujours distingué par sa volonté d’élargir les horizons, de repousser les frontières communes en cherchant de nouvelles voies, et en s’imposant comme un visionnaire. Parmi les premiers dans notre spécialité, il a compris l’importance et l’intérêt de mener une recherche transversale associant recherche fondamentale de très haut niveau et recherche clinique, préfigurant ainsi l’avènement ultérieur des unités mixtes de recherche, dont il intégrera naturellement l’une d’entre elle à leur création (UMR 1141). Son expertise et sa reconnaissance internationale dans le domaine des neurosciences et de la neuropharmacologie ont constitué un élément majeur de l’attractivité qu’il exerçait pour les plus jeunes, dont témoigne le nombre de ses élèves. Il a guidé avec succès plusieurs d’entre eux vers une carrière universitaire par l’excellence et la pertinence de son encadrement. Enseignant recherché, parfaitement trilingue, il a séduit et impressionné les auditoires par l’organisation de son propos où les éléments présentés ne pouvaient être que factuels. Dans le domaine hospitalier, Jean Mantz a porté de nombreux projets structurants que ce soit à l’hôpital Beaujon pour l’accueil des polytraumatisés et la création de passerelles novatrices avec les services d’urgence, ou encore très récemment avec le projet concernant le développement de l’Anesthésie et de la Réanimation en Neurologie sur l’hôpital Saint-Anne. Bien que déjà malade, sa présidence de la sous-section du CNU a été marquée par sa volonté d’innover en développant notamment une prospective hospitalo-universitaire dépassant le cadre restreint des simples renouvellements de postes, dans le but d’accroitre le rayonnement de la spécialité. Dépistage des jeunes talents, conseils, suivi des carrières très en amont d’une éventuelle nomination, travail collaboratif avec les collègues dans chaque faculté sont devenus sous son mandat des objectifs. Ayant parfaitement intégré l’importance du management dans la fonction hospitalo-universitaire en Anesthésie-Réanimation, il a encouragé les candidats à cette fonction à se former dans ce domaine, et a initié une évaluation de leur aptitude lors de leur audition devant le CNU. Il a aussi très largement contribué à la mise en place et à la structuration du co-DES Anesthésie-Réanimation – Médecine Intensive-Réanimation (DESARMIR).
Toutes les actions de Jean Mantz étaient marquées par le sceau de son intelligence, de sa rigueur morale et scientifique, et de son inépuisable énergie. Il aurait pu être l’auteur des vers de Nicolas Boileau qui figurent en épitaphe de cet hommage, tant il avait érigé la rigueur de la réflexion et la valeur du travail en mode de pensée et de vie. Il était apprécié pour ses qualités humaines, d’écoute et sa volonté de créer un esprit d’équipe qui ont facilité sa réussite professionnelle. Face à la maladie, il nous a révélé l’étendue de son courage et de sa dignité.
Nous nous associons à la peine immense de sa famille, Barbara son épouse, ses enfants, ses parents, et leurs proches. Sa disparition est aussi un traumatisme pour nombre d’entre nous. Il est d’une banalité douloureuse et tellement réelle de dire qu’il nous laisse un grand vide. Ce constat lui aurait fortement déplu tant son enseignement et sa philosophie étaient à l’opposé du désespoir et de l’auto-apitoiement. Il n’a jamais failli à sa devise même dans les derniers jours: « rien n’est jamais fini ». Il nous inciterait certainement à nous remettre à l’ouvrage sans délai. Nous nous devons de l’entendre et de ne jamais l’oublier, afin de poursuivre et réussir ce qu’il a initié, et honorer sa mémoire.

                                                                                                         Philippe Juvin   (Paris)

                                                                                                         Serge Molliex (Saint-Etienne)