Le vapotage peut-il conduire à récuser un patient en vue d’une anesthésie ?

Mis en ligne le 6 juin 2018
Contexte professionnel
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Il est bien surprenant qu’en 2018 des collègues invoquent le vapotage pour récuser un patient avant une anesthésie.

Pendant longtemps, fumer une cigarette-tabac le matin de l’intervention était assimilé à une rupture des consignes du jeune préopératoire. En effet, il était classique de considérer que la fumée de cigarette augmentait le contenu gastrique et donc le risque d’inhalation bronchique à l’induction de l’anesthésie. Depuis, il est clairement montré que le fait de fumer une cigarette n’a aucun impact sur le volume du contenu gastrique en sorte qu’un patient ne peut plus être récusé simplement sur cet argument (Laazar.S et al. BJA 2015). Dès lors, il serait étonnant qu’un résultat différent soit observé après vapotage d’une cigarette électronique d’autant qu’il n’y a pas inhalation de fumée mais de vapeur dont les composants n’ont aucune raison d’interférer avec la sphère gastrique. Par ailleurs, contrairement à la fumée du tabac, la vapeur de la cigarette électronique ne contient pas de CO et ne perturbe donc pas le transport de l’oxygène.

En 2016, lors de la réactualisation de la conférence d’experts (SFAR-SFT), les données de la littérature disponibles n’avaient pas permis de positionner formellement la cigarette électronique dans le contexte préopératoire. Aujourd’hui, même si des incertitudes persistent, la cigarette électronique apparaît clairement comme une alternative très intéressante à la cigarette tabac dans la période périopératoire et son usage est désormais proposé comme outil de sevrage notamment par le réseau de prévention des addictions, Tabac-info-service ou l’INCA.

Au total, l’usage de la cigarette électronique, alors que la population des fumeurs et ex-fumeurs qui y ont recours ne cesse d’augmenter, doit être considéré par les médecins anesthésistes réanimateurs comme une aide très positive en période préopératoire, cette dernière étant bien identifiée comme très favorable à la décision d’arrêt du tabac.

Professeur Bertrand Dureuil