in memoriam, madame le professeur Suzanne Estanove

Mis en ligne le 19 Novembre 2015
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Nous apprenons le décès de Madame le Professeur Suzanne Estanove. La SFAR présente ses sincères condoléances à sa fille, ses petits-enfants et arrière-petits enfants, ainsi qu’à ses nombreux amis et élèves.

            Le Président et le Conseil d’Administration de la SFAR.

Biographie de Madame le Professeur Suzanne Estanove.

  • Née le 16 mai 1928 à Moye en Haute-Savoie
  • Etudes médicales à Lyon 1947-1954
  • Externe des Hôpitaux 1951
  • Docteur en médecine 1954
  • Diplômée d’anesthésiologie 1955
  • Anesthésiste-Réanimateur des Hôpitaux 1956
  • MCU et chef de service adjoint 1970
  • Professeur des Universités et chef de Service : 1976
  • Chevalier dans l’Ordre National du Mérite 1995
  • Professeur Honoris Causa de l’Université de Kunming, République Populaire de Chine, 1997
  • Décédée le 10 novembre 2015 à Lyon.

 

« La Maman »

C’était ainsi que ses collaborateurs et les jeunes médecins de l’Hôpital Cardiovasculaire et Pneumologique Louis Pradel de Lyon désignaient le Professeur Suzanne Estanove.

Elle a en effet accueilli et accompagné des dizaines de personnes dans son Hôpital, quelle que fut leur profession. Madame Estanove fonctionnait sur le registre de la générosité, ce qui n’excluait pas bien sûr la plus grande fermeté envers ceux qui avaient un comportement répréhensible. Je fus parfois de ceux-là. Un lendemain de garde sans sommeil, alors que j’étais assis, hagard sur un banc dans un jardin public, elle m’a appelé et sommé de venir immédiatement à la réunion de service…ce que j’ai fait ventre à terre.

Ainsi elle a contribué à modeler beaucoup de professionnels de santé, ses actions dépassant largement le domaine de l’anesthésie-réanimation. Par exemple, elle a consacré une partie de sa retraite à diriger une association d’hospitalisation à domicile.

Une anecdote la dépeint. Elle fut invitée dans un CHU belge pour un colloque. En visitant le bloc opératoire le matin, elle constate que l’anesthésiste n’arrive pas à insérer les cathéters malgré de nombreuses tentatives. Elle demande un sarrau et des gants et…arrive très en retard pour sa conférence.

Le Pr Jérôme Etienne, doyen de la Faculté Lyon-Est témoigne :

Cher Jean-Jacques, Cher Jean,

Vous savez que j’ai été également proche de Madame Estanove notamment quand j’ai été nommé PU-PH en bactériologie à l’hôpital Louis Pradel. Je l’ai toujours considérée comme un vrai leader d’équipe fédérant ensemble les médecins de toutes les disciplines autour d’elle. Pour moi, c’était avant tout un grand meneur d’hommes et de femmes. C’était une femme d’une gentillesse extraordinaire (je me rappelle un mois de juillet –  il y a sans doute plus de 30 ans – où elle m’a demandé lors du tour des bactériologistes de me mettre dans un lit pour vérifier si je n’étais pas fébrile. Quand elle a vu que j’avais 39°C, elle a rigolé en disant aux infirmières qu’il fallait apprendre aux médecins à utiliser un thermomètre, puis elle m’a emmené elle-même en radiologie où l’on m’a fait un scanner et découvert une magnifique pneumonie). Ce petit exemple montre bien toute l’attention qu’elle avait envers l’ensemble des membres de son équipe et on a tous des exemples de ce type à rappeler. Elle portait bien le surnom affectif de « Maman » qu’on lui donnait. Comme PU-PH débutant, elle a été d’un soutien précieux ; elle m’a appris à ne jamais perdre courage quand on n’obtenait pas au premier essai ce que l’on voulait pour son service. Elle me disait «  ne lâchez pas, vous allez y arriver ». Des dizaines d’années après, je suis toujours en train de citer lors de certaines occasions, le Pr Estanove comme un exemple et les exemples de modèles de vie sont rares, le Pr Estanove en était un.

Elle a toujours soutenu la SFAR, accueillant ses réunions plusieurs fois à Lyon et soutenant le Dr Bernard Du Grès à la Présidence de notre Société.

Bien que ce soit inhabituel, je rapporte ci-dessous des phrases qu’elle prononçait lorsque l’occasion était propice, tant pour justifier ses actions que pour nous enseigner des règles de comportement. Je ne sais pas si toutes sont authentiquement savoyardes …

La politesse commence en disant bonjour à tout le monde (pour stigmatiser les médecins lyonnais qui donnaient parfois l’impression que les personnels de service étaient transparents).

Je vais prendre ma cote de maille mais j’irai lui parler.

Il ne faut pas laisser faire.

Vous avez fait la même chose que ce que vous reprochiez au Pr X. (me dit-elle après une communication au cours de laquelle j’avais dépassé mon temps de parole).

Jean-Jacques, ne soyez pas susceptible ! (Ce conseil me sert encore).

Quand je veux quelque chose, je fais comme le caniche qui ne lâche pas son bout de gras.

La façon de donner vaut mieux que ce que l’on donne.

Il ne faut pas dissimuler la crotte du chat (elle était en cela précurseur des réunions de morbimortalité, encouragées à présent par la HAS).

Il a un cerveau et des mains mais il n’a pas de cœur (parlant d’un chirurgien).

Je suis née très prématurée ; on m’a mise dans une boite à chaussure près de la cheminée et on a attendu de voir ce qui se passait.

Aujourd’hui elle nous dirait :

Le dernier costume n’a pas de poche.

ou encore :

Demain est un autre jour…

Merci Suzanne !

Pr JJ Lehot

Hôpital Neurologique et Neurochirurgical Pierre Wertheimer

Université Claude-Bernard Lyon 1

 

 

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